Haute-Savoie, reportage
À une vingtaine de kilomètres au nord d’Annecy se trouvent les vergers de Joël Duret. Vingt-quatre hectares, hérités de ses parents, que l’arboriculteur a fait passer du conventionnel au biologique il y a une dizaine d’années. À 600 mètres d’altitude, il cultive des variétés rustiques rarement visibles sur les étals. En bas, dans la vallée de Cruseilles, les frontaliers se dirigent vers Genève dans un ballet incessant, la frontière suisse n’étant qu’à une vingtaine de kilomètres.
Il y a deux ans, Joël a participé à une réunion publique à propos d’un étrange projet. Un gigantesque tunnel de 91 kilomètres de circonférence, destiné à des expériences scientifiques. Le plus grand chantier d’Europe d’après ses promoteurs. Un arrêté préfectoral a été publié, des forages entrepris pour sonder le terrain. Le tunnel passerait à 200 mètres sous son verger, mais nécessiterait un accès en surface. Huit hectares bétonnés. Dans la salle, le communicant se voulait rassurant : « On fait ça où il n’y a rien. » « Le problème », lui a répondu Joël, « c’est que “rien“ c’est chez moi ! »
Pourquoi un laboratoire de physique situé dans la banlieue de Genève à 30 km de là, viendrait-il faire des trous dans un verger en Savoie ? Et, au nom de la science, faut-il accepter son coût : 16 milliards d’euros, 19 millions de tonnes de déchets excavés auxquels s’ajoutent les allers-retours polluants de camions, une consommation électrique équivalent à celle d’une ville de 700 000 habitants…
Un laboratoire de renommée mondiale
Situé à la frontière franco-suisse, le Cern est le plus grand laboratoire de physique au monde. On y étudie l’« infiniment petit », les particules élémentaires, c’est-à-dire la façon dont la matière est structurée. Légendaire chez les physiciens, moins connu du grand public, il a bénéficié d’une…
Auteur: Antoine Costa

