Il y a seulement six ans, les rues de tout le Chili étaient remplies de manifestants déterminés à mettre fin au modèle économique et politique hérité de la dictature de Pinochet. Le pays vivait un phénomène psychosocial étrange, connu sous le nom de « l’explosion sociale chilienne », qui a brisé le mythe du « miracle économique » si largement médiatisé dans le monde par les médias occidentaux. Pendant les mois de protestations continues à travers le Chili, la répression fut brutale. L’une de ses principales caractéristiques fut les tirs des forces de l’ordre visant les yeux des manifestants. Selon l’Institut national des droits de l’homme (INDH) du Chili, entre octobre 2019 et janvier 2020, 427 personnes ont signalé des lésions oculaires. Plusieurs ont perdu leurs yeux.
En voyant les résultats du premier tour de l’élection présidentielle du dimanche 16 novembre, je n’arrête pas de penser aux jeunes qui ont perdu leurs yeux pour que le Chili commence à voir. Que leur dirions-nous aujourd’hui ?
Le président chilien Gabriel Boric n’a pu accéder au pouvoir que grâce aux millions de citoyens qui ont investi les rues et les places de son pays, résistant à la répression, aux mensonges et au chantage. La mission du nouveau gouvernement de l’époque devait être de répondre aux demandes du peuple et, pour ce faire, il disposait d’un niveau de légitimité élevé, comme aucun autre depuis le retour à la démocratie en 1990.
L’explosion sociale, soutenue, selon diverses enquêtes de l’époque, par 55 à 68 % de la population chilienne, avait pour principal objectif d’en finir avec l’héritage de la dictature, d’éliminer les entraves légales du pinochetisme et de construire ensemble un pays plus juste et humain. Selon une étude du Centre d’études de la réalité contemporaine (CERC) en septembre 2013, 40 ans après le coup d’État, la perception populaire de Pinochet était la suivante :…
Auteur: Oleg YASINSKY

