L’immensité de l’œuvre de Patricio Guzmán tient peut-être à la permanence d’une interrogation obsédante : que faisons-nous de notre mémoire ? Son cinéma s’est transformé au fil du temps, mais cette question ne l’a jamais quitté.
Avec « La Bataille du Chili », il pose sa caméra au milieu des événements qui précèdent le coup d’État du 11 septembre 1973. Des images qui deviendront bientôt les traces d’un monde disparu, celui de l’Unité populaire et de son gouvernement conduit par Salvador Allende.
Plus tard, de « Chili, la mémoire obstinée« à « Salvador Allende », il revient vers les êtres, les lieux, les souvenirs, les silences laissés par dix-sept années de dictature. Il interroge la manière dont l’Histoire continue de vivre dans le présent, y compris lorsque certains voudraient la tenir à distance ou l’oublier.Avec « Nostalgie de la lumière », « Le Bouton de nacre » et « La Cordillère des songes », sa recherche prend une nouvelle dimension. L’histoire du Chili dialogue alors avec quelque chose de plus vaste : le temps et la disparition, à l’échelle d’un pays où le désert, l’océan et la cordillère des Andes deviennent eux-mêmes porteurs de mémoire.
« Nostalgie de la lumière » reste pour moi l’expression la plus bouleversante de cette pensée. Dans le désert d’Atacama, Guzmán met en regard les astronomes qui scrutent l’immensité du ciel à la recherche des traces les plus anciennes de l’univers et les femmes qui parcourent inlassablement le désert à la recherche des restes de leurs proches disparus sous la dictature.
Ce rapprochement dit quelque chose d’essentiel de son cinéma : cette nécessité humaine de porter le regard vers ce qui n’est plus là pour tenter de comprendre le présent. Chez Guzmán, la mémoire n’est jamais figée. Elle est une matière vivante, qui se joue des échelles de l’espace et du temps.
C’est sans doute ce qui me…
Auteur: Claude Morizur
