Près de 25 ans après sa mort du sida le 11 juin 1992, le temps est peut-être venu de ré-arpenter le travail du critique de cinéma Serge Daney. Il ne s’agit pas ici de fixer une pensée, de façon systématique ou monumentale. Plutôt de faire sentir (et goûter) la singularité d’un régime d’écriture qui, par connexions partielles partiales, reprises et approximations successives, a porté une pratique quotidienne de soin des êtres et des milieux du cinéma.
« Il y a désormais une dimension écologique dans la critique du cinéma. »
(Ciné journal, 30 août 1985)
« (Je dis bien « êtres », bien que je n’ignore pas qu’il ne s’agisse que d’un tas de celluloïd impressionné – only a film – mais les films ne font pas que vieillir, ils nous regardent vieillir aussi.) »
(Ciné journal, 27 mars 1984)
« C’est quand [le cinéma] se mit à parler, et surtout après l’invention du doublage (1935), que plus rien ne résista au déferlement du dialogue et de la musique. Les bruits faibles, imperceptibles, n’avaient aucune chance. Ce fut un génocide.
On s’en remet, lentement. »
(Ciné journal, 20 février 1982)
Parce qu’il se glisse entre les films et leurs publics, entre ceux qui produisent des images et ceux qui les consomment, le critique entretient une relation privilégiée aux milieux du cinéma et de la cinéphilie, ainsi qu’aux êtres qui les peuplent et les composent – documents, fictions, personnages, acteurs, auteurs, producteurs, paysages, sons, expériences, événements. Parce que sa pratique quotidienne contribue au soin et à la culture d’un milieu, le critique s’inquiète en outre de la façon dont les transformations de ce milieu génèrent des pouvoirs d’instaurer ou de mutiler les êtres qui le composent.
C’est depuis la perspective de l’écologie, entendue comme exploration et comme soin des milieux et de leurs puissances, qu’on voudrait ici revenir sur quelques…
Auteur: dev

