Sous le titre Enfants sans enfants, l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas a publié il y a une trentaine d’années un recueil de textes organisé autour de la figure de Franz Kafka. Les personnages du livre ont en commun d’être, tout comme Kafka lui-même, sans descendance. Ce sont des enfants sans enfants. Des enfants qui, faute d’en avoir eus à leur tour, le sont définitivement restés. Le nouveau film des Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne s’appelle Jeunes mères mais Enfants avec enfants eût également fait un titre adéquat. Car les frères, ainsi qu’il est d’usage de les appeler, ne racontent pas seulement l’histoire de jeunes femmes qui, devenues mères avant la majorité, ont recours aux services d’une Maison Maternelle pour apprendre à s’occuper du bébé ou trouver à qui le confier. Ils racontent aussi, ils racontent surtout comment Jessica, Julie, Ariane et Perla restent également des filles qui sont loin d’en avoir fini avec leur propre mère, absente ou trop possessive, morte ou abusive, parfois à peine plus mature qu’elles. Ce sont donc des enfants avec enfants. Des enfants qui le demeurent même une fois devenus parents. Des filles qui se sentent peut-être d’autant plus douloureusement telles depuis qu’elles-mêmes ont enfanté.
Ce n’est pas la première fois que Jean-Pierre et Luc Dardenne parlent de l’enfance ni du rapport entre les générations. Le film qui les a propulsés sur la scène internationale, La Promesse (1996), mettait en scène un père et son fils. Il s’agissait, impossible de l’oublier, d’Olivier Gourmet et de Jérémie Rénier. Plus tard vinrent les simplement mais justement nommés Le Fils (2002) puis L’Enfant (2005) qui, six ans après Rosetta, leur valut une seconde Palme d’Or. Il y a toutefois quelque chose de nouveau dans Jeunes mères. Il suffit en effet que nous sachions que chacune de ces jeunes femmes est à la fois mère et fille – fille-mère, comme on ne dit…
Auteur: Le Média

