Nous ne sommes plus dans l’imagerie du camp fortifié encerclé par l’ennemi. Nous sommes déjà à l’étape suivante.
Le bastion de la gauche bourgeoise qu’est le cinéma français a ses murailles fissurées. L’ennemi a infiltré ses défenses ; il ne lui reste qu’à pousser quelques pierres pour que le mur cède et que la troupe entre avec fracas.
Pour mieux cerner la situation actuelle et à venir, un rappel (lapidaire) s’impose sur ce que signifie, concrètement, fabriquer un film.
Pour qu’un film existe, une société de production, l’entreprise porteuse du projet, doit réunir les fonds nécessaires à sa fabrication. Scénario en main, elle active ses réseaux (si elle en a), sollicite des acteurs intimement liés les uns aux autres, accumule des apports pour rendre le film finançable.
Pour cela, il n’existe pas mille solutions : des guichets publics et des guichets privés, dans un équilibre imposé entre financement public et privé, afin que le premier ne porte pas seul le risque industriel.
Côté public : principalement les Régions et le CNC, dont le budget provient d’une taxe prélevée sur chaque billet de cinéma.
Côté privé : les Sofica, les distributeurs, les chaînes de télévision, Canal+, Orange, France Télévisions (considérée comme privée dans ce système), Arte, selon un système de chronologie des médias typiquement français. Ces dernières apportant bien souvent les montants les plus élevés.
Le vice structurel du système apparaît ici : in fine, ce n’est ni la ou le réalisateurice, ni la société de production qui détient le pouvoir de décision sur un film, mais celui qui apporte le plus gros financement privé.
Pouvoir par exemple d’imposer un casting, expliquant pourquoi les mêmes visages réapparaissent sans cesse, encaissant des cachets indécents puisque sans eux, pas d’argent, donc pas de film.
Pouvoir d’exiger des modifications de scénario, sous…
Auteur: dev

