Pour cette poignée de pages, j’avais d’abord imaginé proposer ce titre : « Être impitoyable avec soi-même : le communisme comme libération ». Il me semblait correspondre, sans (même) trop y penser, à la capacité du dernier film de Nanni Moretti, Vers un avenir radieux, d’évoquer un livre bien connu, probablement le plus grand aboutissement théorique de Mai 68, L’Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari, où l’on peut lire un passage scabreux sur la dynamique du désir : « Un investissement inconscient de type fasciste, ou réactionnaire, peut coexister avec l’investissement conscient révolutionnaire ».
N’importe qui devient fasciste, sans même le savoir, lorsqu’il emprisonne dans son propre désir, dans son propre regard, dans sa propre Loi, le désir de l’autre. Bref, il y a les fascistes politiquement fascistes et il y a les fascistes, parfois encore plus dangereux que les premiers, qui sont (presque) insoupçonnables. Il n’est certes pas facile de rendre compte de cette attitude, particulièrement chère à l’homme blanc ; elle est intériorisée, il faut donc y travailler, faire les bonnes rencontres, adopter un autre regard, un peu halluciné, voire devenir des enfants, à la limite un peu obtus, en croyant aux histoires qui brisent le cours irréversible de l’histoire.
Le dernier film de Moretti semble concevoir une question aussi élémentaire qu’abyssale : comment cesser d’être réactionnaire quand on croit sur le papier et au cinéma qu’on ne l’est pas ? Comment se débarrasser de soi-même, de cette forme d’arrogance qui fait de nous ce que nous sommes (des êtres tendanciellement malheureux) ?
Que faire ? Sans doute oser une forme de sévérité envers nous-mêmes si grande qu’elle en devient même naïve. Être impitoyable avec soi-même, d’abord et avant tout, afin que tout autre exercice critique soit…
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Auteur: dev

