Le Club des enfants perdus / Rebecca Lighieri / POL, 528 pages, 22 euros.
Le tragique se mêle au vaudeville et au fantastique pour faire de ce roman dramatique un long poème. Emmanuelle Bayamack-Tam, alias Rebecca Lighieri, raconte l’histoire de Miranda, une femme dans sa vingtaine, plutôt timide, voire franchement terne. Dans sa famille, socialement privilégiée et plutôt fonctionnelle, Miranda n’a souffert de rien, hormis peut-être de la froideur de sa mère.
La première partie du récit est racontée du point de vue d’Armand, le père de Miranda, tâchant désespérément de comprendre sa fille, tandis que la seconde moitié adopte le regard de la jeune femme, étonnamment plus complexe que présumé. Le père, comédien reconnu et heureux de vivre, fait donc face à sa progéniture dépressive, timide et cherchant sa place dans le monde.
Un drame sombre où le malaise côtoie le rire.
Et pour cause. Miranda est secrètement dotée d’un ensemble de pouvoirs assez subtils et imparfaits, consistant notamment à prédire le futur, à se glisser dans la peau des autres et à lire dans leurs pensées. Sans le décider, ce personnage, emblématique de la « Gen Z » et de son époque, peut se retrouver mentalement à la place d’un enfant au milieu de bombardements, d’un migrant qui se noie ou d’un tueur qui donne cours à sa barbarie. Une hyper-empathie envahissante et torturante.
Le monde est une scène de violences, d’exploitation du vivant, de catastrophes climatiques et, surtout, d’indifférence, qui la bouleverse. Le lecteur se retrouve alors ballotté d’un esprit cartésien et enjoué à une perception de la réalité empreinte de surnaturel et beaucoup plus complexe, le menant au constat de l’impossible compréhension d’autrui.
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Auteur: Lola Dubois-Carmes

