Entre l’autonomie des établissements et la montée d’un marché scolaire officieux, l’idéal du collège unique instauré il y a cinquante ans se fissure. Mais, sur le terrain, a-t-il été réellement été mis en œuvre ? Et comment aider les établissements à affronter les enjeux d’attractivité actuels ?
2025 marque le cinquantième anniversaire d’une célèbre loi : la loi Haby, qui instaure le collège unique, présente dans tous les discours sur les enjeux de méritocratie, et vue comme l’un des derniers chaînons d’égalité des chances et d’ascenseur social.
En cinquante ans, cet idéal s’est toutefois fissuré sous l’effet conjugué de l’autonomisation des établissements scolaires et des enjeux croissants de concurrence, provoqués par les différentes brèches légales à la carte scolaire.
Les chercheurs en sciences de l’éducation font état de cette évolution, provoquée par les dérogations stratégiques, les déménagements dans le secteur d’un collège ou encore la fuite vers le privé et intensifiée par la baisse démographique, l’augmentation de la ségrégation sociale et la pression aux résultats.
Dès lors, quelle forme prend l’idéal d’un collège unique tiraillé entre unification du programme et liberté des parents ? Le collège se retrouve désormais au cœur d’un marché scolaire officieux ou officiel, « l’espace d’interdépendance local ». A travers des pratiques de marketing scolaire, le système censé offrir le même vécu à tous les adolescents français se transforme.
Le collège unique a-t-il réellement existé ?
La Loi Haby traduit l’espoir d’une éducation commune à tous les jeunes, d’un report des échéances d’orientation et d’une élévation globale du niveau d’études. Elle a changé la façon dont l’école se définit. En décalant à 16 ans l’orientation professionnelle, les espoirs d’éducation de toutes les générations à venir ont…
Auteur: Lisa d’Argenlieu, Doctorante en management, Université Paris Dauphine – PSL
