Je chercherai dans ce texte à rendre compte de ce que peuvent nous apprendre sur « l’autisme » et les « non-autistes » les écrits de Fernand Deligny issus de l’expérience « antipsychiatrique » qu’il mena avec ses camarades et amies dans les Cévennes dans le sud de la France de 1967 au début des années 80. Il sera ainsi question du « réseau » comme méthode d’intervention développée par Deligny, puis de ses conséquences théoriques allant du développement d’une distinction entre « l’humain » et « l’homme-que-nous-sommes », jusqu’à la découverte d’un « communisme primordial » et de ce qu’il serait possible d’appeler un devenir mutique (ou devenir autiste). Je chercherai finalement à proposer la piste d’une réactualisation contemporaine de la pensée de Deligny en la mettant en contraste avec le concept de « neurodiversité » et en la faisant entrer en relation avec la notion de devenir minoritaire proposée dans Mille plateaux par Deleuze et Guattari.
« Les cartes, à vrai dire, ne disent pas grand-chose, sinon que l’humain, on ne sait pas du tout ce que c’est, et le commun non plus.
D’où le fait qu’être communiste, c’est bien ce qu’il y a de plus difficile dans cet univers
où l’homme s’acharne et s’entête […] »
« Or le commun dont je veux parler, réfractaire à l’intrusion du langage, ne communie ni ne communique. »
« Serions-nous partisans d’un régime tout à fait obsolète ?
Pas du tout ; le régime est idéal, l’idéal du régime est de ne pas être. »
Fernand Deligny
Le réseau des Cévennes comme méthode
C’est dans un contexte marqué par des expériences de réformes radicales en psychiatrie que doit être placé le projet de Deligny de constituer un réseau de prise en charge d’enfants mutiques à l’air libre en dehors des murs de l’institution psychiatrique. Plutôt que de s’en tenir à chercher à « soigner…
Auteur: dev
