Nous sommes le 5 avril, à l’émission « Tutta la città ne parla », j’entends un professeur d’université parler de conspiration, un mot inhabituel, non reconnu par Google, qui le marque pour moi en rouge. Pourtant, son sens est clair : il identifie tous ceux qui voient la conspiration partout. Nous parlons de la guerre et des photos de civils tués à Bucha, et face à mes doutes, je me suis demandé si moi aussi j’étais à compter parmi les conspirationnistes.
Outre la Madeleine de Proust, les souvenirs, bien qu’estompés, étaient encore bien vivants en moi. Cela faisait longtemps que je n’en avais pas entendu parler, mais ces images de 1989 ne m’avaient jamais quitté, et aujourd’hui les réseaux sociaux, dont la mémoire est si précieuse, me les ramènent. Je parle des images et des récits du massacre de Timisoara qui a choqué la moitié du monde à la mi-décembre 1989. Je les ai vues et j’ai appris ce qui se passait en Roumanie, y compris le procès sommaire et l’exécution du couple incrédule Ceaușescu, depuis La Havane où, quelques mois auparavant, je travaillais comme correspondant de L’Unità, qui a écrit à propos de ces événements : « Quatre mille cinq cents cadavres méconnaissables, mutilés, mains et pieds coupés, ongles arrachés. Quelque temps plus tard, lorsque l’horreur s’est estompée et que le souvenir s’est atténué, la vérité a éclaté, d’abord par la bouche de trois médecins roumains dans une interview à l’Agence France Presse, puis par celle du gardien de la nécropole d’où les cadavres avaient été déterrés, 13 personnes en tout dont les noms et prénoms et les détails de leur mort misérable ont été rétablis, y compris une femme avec un bébé couché sur son ventre qui n’étaient pas mère et fille mais une femme âgée morte de cirrhose et une fillette de deux mois morte de congestion le 9 décembre. Ainsi, non seulement ce « massacre de Timisoara » n’avait pas eu lieu,…
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Auteur: Alessandra RICCIO

