Le corps DIY (Do-It-Yourself) : symptôme et bricolage dans les expériences trans

Dans son dernier livre, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, Elisabeth Roudinesco prétend montrer que l’attachement à l’identité des minorités (de genre et de race) est dû à une prédisposition narcissique qui vise à valoriser le moi des sujets en question. Cette « angoisse identitaire », pour l’historienne de la psychanalyse, aurait renversé les objectifs des luttes émancipatrices d’antan, amplifiant ainsi ce qu’elle nomme, à la suite de l’historien et sociologue américain Christopher Lasch, une néfaste « culture du narcissisme » : les cultures identitaires seraient la suite logique des cultures du narcissisme de l’ère post-moderne, fondées sur le culte du corps, la chute des interdits et la jouissance sans limites.

Le besoin d’affirmation des identités minoritaires est donc pour ces deux historiens critiques de la décadence de notre époque, « le credo d’une société à la fois dépressive et narcissique », qui répond par le culte de soi à « l’affaiblissement de l’idéal collectif ». La visée de cette revendication ne serait rien d’autre qu’un expédient pour « conforter les idéaux d’un nouveau conformisme de la norme, dont on trouve la trace autant chez certains adeptes du transgenrisme queer que du côté des Indigènes de la République et autres mouvements engagés dans la quête d’une introuvable politique identitaire ». Ainsi, dans cette bataille où chaque particularité ne semble pouvoir s’affirmer qu’en anéantissant le voisin, le différent, le radicalement Autre, l’extrême gauche, évidemment, finit pour rejoindre l’extrême droite : la revendication identitaire de la part de groupes minoritaires ou dominés (femmes, homosexuel.le.s, racisé.e.s, trans, etc.) est mise sur le même plan que celle de groupes majoritaires ou dominants (suprématisme blanc, masculinisme, nostalgie colonialiste…). Si Hegel disait pour se moquer de Schelling que dans la nuit de son absolu toutes les vaches étaient grises, force est de constater que dans la nuit de l’universalisme roudinescien toutes les particularités sont fascistes – sauf la sienne, bien sûr, laïque, raisonnable, démocratique et drapée de citations des grands auteurs (merci papas).

On aura bien des raisons de s’agacer de ce discours. Pour ma part, étant donné ma petite particularité à moi, qui est d’être psychanalyste, ce qui me gêne tout particulièrement dans l’analyse de Roudinesco n’est pas son contenu simpliste et moralisateur, mais sa prétention à…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com