Ce samedi 16 mars, le XV de France joue à Lyon, au Groupama Stadium, son dernier match de l’édition 2024 du Tournoi des six nations face à l’Angleterre. Cette rencontre présente la particularité d’avoir une dénomination propre, une sorte de surnom : le « crunch », un terme à l’origine incertaine que l’on peut traduire par « moment crucial ».
Ce faisant, il s’inscrit dans une tradition que l’on va appeler « l’onomastique sportive » – c’est-à-dire la création de noms propres pour désigner un ensemble d’évènements et d’acteurs dans le domaine du sport, révélant par-là la dimension éminemment discursive des évènements sportifs.
Par-delà l’aspect linguistique strict, ce type de dénominations posent d’intéressantes questions d’ordre socio-culturel mais aussi de marketing. On relèvera ainsi que « crunch » est précisément le nom choisi par le journal L’Équipe pour dénommer son podcast rugby.
Si tout locuteur est en mesure de faire intuitivement la différence entre un nom commun et un nom propre, ceux à qui l’on pense spontanément sont sans doute à chercher du côté des prénoms, des noms de famille, des noms de lieux (pays, villes, villages…), etc. Or, les noms propres sont bien plus fréquents et variés que ces prototypes et le domaine du sport se révèle particulièrement productif à cet égard.
Il y a les noms de clubs (Olympique de Marseille) et d’équipes souvent affublées aussi de surnoms (les Bleus pour les différentes équipes de France, etc.). Il y a les noms des stades qui donnent lieu, depuis plusieurs années, avec la stratégie de vente des droits à des entreprises privées, à ce que l’on appelle le « naming » (ainsi à Lille, le stade Pierre Mauroy ou Decathlon Arena) – phénomène qui oriente déjà la réflexion vers l’intersection entre langue/linguistique et économie/finance.
Match économique
Et il y a donc les dénominations…
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Auteur: Laurent Gautier, Professeur des Universités en linguistique allemande et appliquée, Université de Bourgogne – UBFC

