A l’occasion de la célébration de ses 90 ans, le dirigeant séparatiste en exil vient de jeter un pavé dans la mare. Évoquant sa succession, le Dalai Lama a affirmé que seule l’organisation dont il est le chef de file est “habilitée à reconnaître la future réincarnation” et que “personne d’autre n’a le pouvoir d’interférer dans cette affaire”. Autrement dit, la personnalité qui prétend exercer la direction du bouddhisme tibétain depuis l’étranger veut garder la main sur la désignation de son héritier. Mais cette prétention est-elle fondée ? De quelle légitimité peut-il se prévaloir, aussi bien du point de vue de la législation chinoise et du droit international que de la tradition ancestrale qui régit depuis des siècles la succession des titulaires de cette fonction sacerdotale ?
Examinons d’abord le fond de l’affaire d’un point de vue juridique, c’est-à-dire du point de vue des institutions de la République populaire de Chine. Le Dalaï-Lama a beau se réclamer d’une légitimité issue d’un long combat contre la prétendue oppression chinoise, on voit bien que cette rhétorique sonne creux. Il n’est pas plus un “chef d’Etat en exil” que n’importe quel chef de faction qui combat le gouvernement de son pays depuis l’étranger. En rompant avec la Chine, il s’est extrait de la communauté politique à laquelle il appartenait et il n’a aucun droit à intervenir dans ses affaires.
J’ajouterai ici une anecdote personnelle. Lorsque j’étais sous-préfet à Marseille en 1994, j’ai accueilli le Dalaï-Lama au nom du gouvernement lors de sa visite dans la ville portuaire. Quelques mois auparavant, nous avions reçu la visite du président de la République populaire de Chine. Quand je l’ai rencontré, le Dalaï-Lama m’a demandé s’il y avait eu des “manifestations pro-tibétaines” à cette occasion. Je lui ai répondu qu’il n’y avait pas eu de manifestations. Lorsqu’il m’a…
Auteur: Bruno GUIGUE

