Le début et la fin

Interviewé dans La Tribune dimanche, le photographe Jean-Marie Périer a une formule épatante à propos de ­Patrick Modiano, qu’il connaît depuis ses 6 ans : « Il est le contraire de moi. Lui, il ne peut pas parler. Parce que le début de sa phrase s’ennuie déjà de sa fin. » Et voilà pourquoi Modiano est incapable de finir ses phrases, pleines de points de suspension dans les points de suspension : le début de sa phrase s’ennuie déjà de sa fin. Alors que vous avez plein de gens qui adorent s’écouter parler, tellement leurs phrases sont belles, articulées, calibrées pour convaincre, éblouir, séduire. Ceux-là, il est impossible de les arrêter, de les interrompre. Ils savent tout. Ils ont réponse à tout. À ce jeu, les politiques ne sont pas les plus mauvais. Même si, quand ils sont en responsabilité, ils font gaffe de ne pas lâcher la petite phrase qui fera polémique et leur collera aux doigts, façon sparadrap du capitaine Haddock. Bruno Le Maire qui, en plus d’être ministre, écrit des romans, maîtrise parfaitement cet exercice. C’est dire si j’ai été déçu par cette phrase lâchée au cours d’une interview dans Le Parisien : « Nous sommes à la croisée des chemins. » Et ? Et rien. Quels chemins ? Mystère. Aurait-il été soudain frappé du syndrome Modiano ? Lisons plutôt Woody Allen : « L’humanité est à un croisement. Un chemin mène au désespoir, l’autre à l’extinction totale. Espérons que nous aurons la sagesse de savoir choisir. » C’est clair, non ?

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Auteur: Alain Rémond