Le Déluge ***
de Gianluca Jodice
Film franco-italien, 1 h 41
En août 1792, Louis XVI et Marie-Antoinette, leurs enfants, la sœur du roi et leur suite sont transférés à la tour du Temple, à Paris. Emprisonnés, mais « à l’abri de la colère populaire », module le capitaine qui supervise leur détention. Dans des salles presque dénuées de mobilier s’organise un quotidien morne où ces détenus s’attachent à maintenir leur apparence, jusqu’aux perruques, bijoux et poudre. Madame de Lamballe réconforte Marie-Antoinette, agacée par cette privation de liberté : « Bientôt nous retournerons à nos bals masqués. » Mais l’étau se resserre autour de la famille royale lorsque seul Jean-Baptiste Cléry, le valet de Louis XVI, est autorisé à rester.
C’est à partir de l’édifiant journal de ce serviteur et des récits du procès du monarque que Gianluca Jodice tisse son film. Découpé habilement en trois parties (les dieux, les hommes et les morts), Le Déluge passionne par les portraits qu’il dresse des souverains et par leur évolution psychologique. Reine avant même de l’être, selon les mots de Stefan Zweig, Marie-Antoinette s’exaspère de cette mise entre parenthèses de ses privilèges. Louis XVI ne veut pas perdre l’espoir d’un dénouement clément.
Accents métaphysiques et enjeux politiques
Au fil des chapitres, d’une dépossession progressive de leurs ors, rubans et dentelles, du passage de cadres larges à de gros plans, chacun s’humanise, leur lien se transforme. Presque méconnaissable, Guillaume Canet campe ce roi d’abord impénétrable que des historiens ont dit autiste : il passe d’un surprenant détachement qui interroge sur sa capacité de compréhension à d’émouvants éclairs de lucidité et à une tentative, sincère et maladroite, de réparer.
Souveraine, Mélanie Laurent incarne la morgue de Marie-Antoinette qui glisse peu à peu vers plus de pragmatisme – son sacrifice, seule…
Auteur: Corinne Renou-Nativel

