Comment concilier le désir de réussir une carrière scientifique avec un projet de maternité ? Alors que l’accès à un poste stable dans le domaine de la recherche ressemble à un parcours d’obstacles, ce dilemme expose les jeunes docteures à des souffrances qui témoignent d’une forme de violence symbolique. Explications à partir d’une enquête de terrain.
En 2024, Emmanuel Macron a affirmé la nécessité d’un « réarmement démographique » pour contrer la baisse de la natalité en France. En réaction, les associations féministes ont dénoncé – à juste titre – une tentative de réappropriation du corps des femmes par le pouvoir politique. Elles rappellent ainsi un slogan féministe des années 1970 : « Mon corps, mon choix. »
En plus de correspondre à un retour en arrière dangereux pour les droits des femmes, la déclaration du président nie l’existence de réalités socioéconomiques et professionnelles particulières. C’est ce que montre l’enquête que j’ai menée auprès d’une quinzaine de chercheuses non titulaires de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) à propos de leur désir d’enfant.
Nos entretiens révèlent à quel point la précarité économique, l’instabilité professionnelle, l’incertitude de la titularisation, le surmenage et l’anxiété que ces jeunes femmes peuvent vivre sont des obstacles à leur projet de maternité et, par conséquent, à leur pleine liberté de disposer de leurs corps.
Une femme et une chercheuse totales
En tant que femmes, la société incite les doctorantes et jeunes docteures à être performantes à tous les niveaux. Elles doivent être des « femmes totales », à savoir des professionnelles…
Auteur: Marie Janot Caminade, Docteure en science politique, chercheuse à l’Institut des sciences sociales du politique (ISP), Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

