Jeanne Guien est docteure en philosophie et chercheuse indépendante. Elle travaille depuis une dizaine d’années sur les questions d’obsolescence, de déchets, sur les enjeux liés aux objets du quotidien. Elle contribue à diverses publications dont le magazine Pandore ; on pourra lire dans Contretemps un précédent article d’elle sur le déchet comme arme de lutte, rédigé lors du mouvement contre la réforme des retraites de 2023.
Dans son dernier livre, Le désir de nouveautés, elle s’oppose aux critiques morales du consumérisme. Il ne s’agit pas selon elle de blâmer tel ou tel comportement mais d’associer nos pratiques de résistances à des stratégies industrielles, à des modèles économiques.
Contretemps – J’ai l’impression que tu fais le choix, après avoir examiné certains objets quotidiens tels que les serviettes hygiéniques dans ton précédent ouvrage[1] d’étudier dans ce nouveau livre ce que tu appelles dans ton sous-titre « le cœur du capitalisme ». En quel sens peut-on dire avec toi que l’obsolescence est au cœur du capitalisme ?
Jeanne Guien – « Au cœur » du, c’est une image, il ne faut pas la prendre trop au sérieux. Ce qui importe pour moi c’est de montrer que les stratégies d’obsolescence sont là depuis les débuts du capitalisme, non pas seulement depuis les 30 glorieuses et l’avènement de la « société de consommation » ou même l’irruption de la révolution industrielle. Je fais démarrer ces stratégies à partir du XVème siècle, une période qu’on a coutume de mentionner parfois comme celle de la naissance du capitalisme. Il était important de montrer que pour moi il y a de l’obsolescence là où il y a du capitalisme et là où le capitalisme se forme, que ce soit en contexte colonial,…
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