« Jamais l’animal ne saura ce que c’est que mourir » ; « La connaissance de la mort, et de ses terreurs, est une des premières acquisitions que l’Homme ait faites en s’éloignant de la condition animale », écrivait le philosophe Jean-Jacques Rousseau en 1754, cimentant une idée vieille comme l’orgueil humain : la conscience et la douleur du trépas seraient l’apanage de notre espèce.
Vraiment ? La recherche scientifique a montré que ces derniers pouvaient utiliser des outils, se soigner, faire preuve d’altruisme, converser… Craignent-ils et souffrent-ils, eux aussi, de l’empire de la Grande Faucheuse ?
Répondre à cette épineuse question, voilà l’objet de la thanatologie comparée, qui étudie le rapport des autres animaux à la mort. Ce champ d’études a pris corps en 2010, après que des chimpanzés ont été immortalisés, blottis et inhabituellement silencieux, en train d’observer le cadavre d’une des leurs. Publiée dans National Geographic, l’image a suscité un grand engouement scientifique, relatent le biologiste Antonio José Osuna Mascaró et la philosophe Susana Monsó.
Une « nage funèbre » de 17 jours
En dix ans, la littérature scientifique sur le sujet s’est considérablement étoffée. La biologiste Emmanuelle Pouydebat en propose une fascinante synthèse dans un ouvrage publié en septembre, Les Oiseaux se cachent-ils pour mourir ? (éd. Delachaux et Niestlé).
Impossible de parler « du » rapport des animaux à la mort, comprend-on en le lisant, tant les attitudes varient selon que l’on parle de fourmis, de corneilles, d’otaries ou de gorilles. Ce qui n’empêche pas la directrice de recherche au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle d’affirmer : non, « le chagrin en réponse à un deuil n’est pas une spécificité humaine ».
Chez les mammifères, les exemples sont légion. Emmanuelle Pouydebat évoque notamment une scène observée en 2018 par…
Auteur: Hortense Chauvin

