Machilly et Allinges (Haute-Savoie), reportage
« C’est un massacre. » Face aux deux énormes pelles mécaniques qui œuvrent depuis plusieurs heures à abattre des épicéas et des feuillus, une jeune femme aux cheveux bouclés peine à retenir ses larmes, alors que de grands « craaaaac » résonnent dans la forêt. Depuis la veille, les arbres d’une petite parcelle forestière aux abords de la commune d’Allinges, près de Thonon-les-Bains en Haute-Savoie, sont méthodiquement abattus, découpés puis empilés par les engins. La parcelle se trouve sur l’emprise de l’A412, projet d’autoroute payante de 16,5 km devant relier les communes de Machilly et Thonon-les-Bains, et dont les travaux ont démarré début septembre.
Muette devant les arbres qui tombent un à un sous les assauts de la tronçonneuse puis de la pelle mécanique, comme les autres militants venus en cette mi-septembre observer le chantier, la jeune femme est sommée par un gendarme de s’éloigner, alors même qu’elle se trouve en dehors de la zone de chantier. « Allez madame, il faut partir ! » tonne le gendarme, en lui empoignant le bras et la bousculant.
Le déploiement de gendarmes pour encadrer la petite parcelle de moins de 1 hectare où le déboisement est en cours est impressionnant. Quelques minutes après l’arrivée du petit groupe de militants, en cette matinée, une quinzaine de gendarmes est déjà sur place, contrôlant les identités dans une ambiance tendue.
« Ils sont plus nombreux que nous à chaque fois ! » ironise un militant venu de Saint-Julien-en-Genevois pour protester contre le chantier. Selon les militants, les travaux opérés par Amedea, filiale du géant du BTP Eiffage, sont sous haute surveillance des forces de l’État depuis quelques jours, alors que seule une sécurité privée était présente au début du chantier. Le maire de Thonon-les-Bains, Richard Baud (divers droite), en a même appelé à l’État pour…
Auteur: Benoit Pavan, Raphaëlle Lavorel
