Le discours de Poutine — Djamel LABIDI

Un réquisitoire exhaustif contre la domination occidentale

Poutine parle sans ambages. Il n’est d’évidence pas un idéologue. Il dit les choses directement, simplement, clairement. Et il les dit toutes : l’esclavagisme en Afrique, le colonialisme, le racisme, le génocide des amérindiens et les autres génocides, les agressions sans fin contre les peuples, les dernières d’entre elles, la Yougoslavie, l’Irak, la Libye, la Syrie…

Rien n’est oublié dans le réquisitoire de Poutine, y compris les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, qui “n’avaient même pas de justification militaire” précise-t-il, un crime contre l’humanité absolu, sur lequel les japonais eux-mêmes sont resté silencieux, prostrés, comme sidérés historiquement, cherchant à oublier l’innommable. Il en reparle d’autant plus que c’est la seule fois où on n’a pas hésité à utiliser la bombe nucléaire contre un peuple et que, d’après lui, ceux qui l’ont déjà fait pourraient être tentés de le refaire.

On n’a jamais entendu un tel discours. Poutine n’oublie rien comme s’il voulait présenter la facture de plusieurs siècles de domination occidentale. Le réquisitoire est impitoyable, exhaustif. Dans le monde, notamment non occidental, les peuples écoutent surpris, étonnés, ravis, séduits, puis enthousiasmés. Poutine dit tout ce qu’ils pensaient déjà, ce qu’ils savaient déjà, ce qu’ils ont vécu dans leur chair, mais il en fait une nouvelle synthèse. Certes d’autres l’ont dit déjà en partie, avant lui, et se sont levés contre cette hégémonie, ces dernières décennies, Saddam Hussein, Kadhafi, mais ils l’ont payé de leur vie, et par la destruction impitoyable de leur pays par les États-Unis et leurs alliés.

Mais aujourd’hui c’est différent, tout le monde le sent, car ce discours cette fois n’est pas celui d’un État faible, mais d’un État qui s’appuie sur une puissance militaire incontournable. Il s’appuie aussi sur un changement de rapport de forces économiques, avec la montée en puissance irrésistible de la Chine qui dénonce, elle aussi, l’hégémonisme des EU. C’est ce qui fait que le discours de Poutine peut, cette fois ci, dresser le bilan terrible de ces siècles d’hégémonie occidentale, tout en pouvant annoncer désormais raisonnablement au monde la fin de celle-ci.
Ce discours contre l’hégémonie occidentale est désormais systématisé. Il devient une nouvelle idéologie de libération dans le monde. Il se diffuse comme une trainée de poudre.

La Russie paie en roubles

Le…

La suite est à lire sur: www.legrandsoir.info
Auteur: Djamel LABIDI Le grand soir