Dimanche soir, 18 janvier 2026, 23 h 30. La finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football entre le Sénégal et le Maroc vient de se terminer, après des prolongations et de longues interruptions en toute fin de match dues à la contestation des dernières décisions de l’arbitre. Sur le boulevard Barbès, dans le 18e arrondissement, quartier populaire du nord de la capitale française où résident et se retrouvent de nombreuses personnes originaires d’Afrique du Nord ou subsaharienne, pétards et cris de joie déchirent soudain le calme de cette nuit de fin de week-end hivernal.
Des voitures klaxonnent sans interruption et les drapeaux vert-jaune-rouge avec une étoile verte en leur centre flottent au vent, tendus depuis les fenêtres ouvertes. Le Sénégal est champion d’Afrique ! « On a gagné, on a gagné ! » ; « C’est l’Afrique qui a gagné ce soir ! », scandent en chœur de nombreux supporters, comme si le Maroc, pays organisateur de cette compétition continentale, ne faisait pas partie de l’Afrique. Beaucoup sortent alors de restaurants, de salons de coiffure ou de commerces affichant les couleurs des drapeaux sénégalais mais aussi ivoirien, guinéen ou congolais, peints sur leurs devantures.
Sur les trottoirs, d’autres groupes de jeunes gens, enveloppés, eux, du drapeau rouge à l’étoile verte du Maroc, là encore en son centre, regardent le sol, silencieux, visiblement dépités. Le « dévoilement politique » d’une identité « nationale » voire, ici, d’une « appartenance », qui va résumer (rapidement) une origine étatique ou régionale, s’exprime ainsi par l’affichage des couleurs et motifs d’une bannière, d’un étendard, de gonfanons – pour reprendre un terme du Moyen Âge tardif, époque où ceux-ci se sont multipliés, et qui sont encore exhibés, par exemple, par chaque municipalité italienne.
Dans leur essai…
Auteur: Olivier Doubre

