Le 16 mars 2026, une proposition de loi « visant à lutter contre l’entrisme islamiste en France » est déposée au Sénat par Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée et président du groupe Les Républicains (LR). Un mois et demi plus tard, la majorité des votants de la chambre haute adopte ce projet législatif, permettant son examen par l’Assemblée nationale.
Dans le même temps, l’actuel ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, annonce un autre projet de loi contre « l’entrisme islamiste ». Ces propositions, conjoncturellement concurrentes, sont pourtant remarquablement similaires. Similarité, d’abord, quant aux constats qu’elles dressent, l’une comme l’autre affirmant qu’une menace « insidieuse » ébranle la société française et la cohésion nationale, selon les mots de la sénatrice de la Seine-Maritime Agnès Canayer, apparentée LR et rapporteure de la proposition de loi de Bruno Retailleau.
Déconstruire les termes
Ce phénomène d’« entrisme » est décrit par Laurent Nuñez comme « l’apparence d’une adhésion aux règles de la République, en réalité, une stratégie de noyautage ». Bruno Retailleau surenchérit : l’entrisme pratiquerait « la dissimulation et utilise (rait) les valeurs de la République pour les retourner ». Similarité, ensuite, quant à leurs préconisations : face à cet ennemi avançant masqué, les deux propositions de loi redoublent d’ardeur répressive.
D’aucuns rappelleront que « l’entrisme » est un concept mouvant. Que, par-delà la vieille tactique usitée par les trotskistes, dès les années 1930, contre le grand frère communiste ou socialiste pour infiltrer – à visage découvert ou non – les instances décisionnelles, il n’existe aucune définition stable. Que l’élection présidentielle a lieu dans moins d’un an et que le spectre de l’accès de l’extrême droite au pouvoir n’a de cesse de…
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