Ugo Palheta est sociologue et codirecteur de publication dans la revue Contretemps. Il a notamment coordonné l’ouvrage collectif Extrême droite : la résistible ascension (2024) aux Editions Amsterdam et anime un podcast sur le fascisme intitulé Minuit dans le siècle sur la plateforme Spectre. Il a publié en mai dernier Comment le fascisme gagne la France (2025, Editions La Découverte), une édition augmentée du livre La possibilité du fascisme, paru en 2018. À cette occasion, nous revenons avec lui sur sa définition du fascisme, sur le processus de fascisation dans lequel la France est engagée, sur la sociologie du vote pour le Rassemblement national et sur comment lutter contre ces phénomènes qui n’ont rien d’inéluctables. Un entretien réalisé par Rob Grams. Photographie par Farton Bink
Qu’est-ce que le fascisme ?
Comment définis-tu le fascisme ?
C’est une question difficile qui a fait couler beaucoup d’encre entre historiens, notamment autour d’un débat assez spécifique sur lequel il est toujours intéressant de revenir : y-a t-il eu ou non un fascisme français ? Le régime de Vichy était-il fasciste ? Une thèse étrange a longtemps prévalu chez les historiens français, parfois qualifiée de thèse “immunitaire”, selon laquelle il y aurait eu une “allergie française” au fascisme, que la France aurait été protégée en quelque sorte par ses institutions et valeurs républicaines. Aujourd’hui cela est évidemment très peu convaincant en raison de beaucoup de travaux d’historiens étrangers sur Vichy, sur les ligues d’extrême droite dans les années 1930, sur les origines du fascisme avec Zeev Sternhell qui a travaillé sur le pré-fascisme et la synthèse intellectuelle fasciste dont il montre qu’elle serait née en France à la fin du XIXe siècle.
Auteur: Rob Grams

