À mesure que s’effondrent toutes les formes désirables de la réalité apparaît le monde dans ce qu’il a de plus détestable, de plus nu aussi : s’éclaircissent ainsi les structures véritables qui régissent ces jours. Quand les masques tombent, on voit la peau décharnée et sur les lèvres, les mots là où ils naissent, la salive se former avant les mots, et le sens se réduit à du crachat jeté sur nous. La réalité s’offre éclatante de vérité : c’est le drame et c’est la chance de ces jours.
Chacun n’a plus que son rôle à jouer et ce rôle suffit à nous répartir dans l’action qui se joue : c’est midi, on occupe la place ajustée à son ombre qui s’efface — on n’est plus que soi-même, les corps s’emploient à paraître ce qu’ils sont.
Obscénité de ces jours : des visages et des discours. Obscène est cette façon d’exposer le corps même de la politique mis à nu — de constater qu’il n’est que cela, cette peau morte exhibée, une laideur de cadavre à peine debout et souriant, « le col gras et gris, les larges omoplates,/Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort » — « et tout ce corps remue et tend sa large croupe/Belle hideusement », etc. Obscénité des chairs qui s’exposent à la vue ; lire les journaux, les temps réels des événements suscite ce mélange d’embarras et de fascination, bien sûr, et surtout de honte. Tel est le rôle, théâtral, de l’obscénité, dans les farces antiques et médiévales et jusqu’aux nôtres : dévoiler la vérité du jeu en tant qu’il est tellement collé au jeu qu’il l’absorbe, devient la réalité de sa vérité : obscènes, nos jours, et ce serait notre fardeau et notre chance ; obscénité qui leur confère vulgarité et vérité.
Les puissants se confondent avec la violence qui sert désormais à les définir : voilà le rôle historique qui est le leur, violence qui serait moins une prérogative que leur…
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Auteur: dev

