LR&LP : Vous êtes l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Singularité du Vivant. Un sondage auprès de 2778 chercheurs prédit que les IA vont dépasser le cerveau humain en 2037. Qu’en pensez-vous ?
Miguel Benasayag : Il y a une mission unidimensionnelle du cerveau. Il est certain que les IA vont rapidement dépasser plusieurs fonctions que le cerveau humain remplit en ce moment. Mais le problème, c’est que comparer le cerveau humain à une machine pousse à l’erreur.
Ce que fait le cerveau n’est pas calculé, n’est pas prévu. Le cerveau est un système intégré dans un corps, parmi les corps, soumis à des passions, des pulsions, à la réalité. Une machine, c’est un agrégat infini qui peut toujours être le plus performant.
Le problème principal dans cette question, c’est toujours la difficulté à établir l’altérité, à voir où est la différence. A cause de cela, on est en train de formater l’humain comme la machine. Comme on assimile le cerveau à la machine, on éduque nos enfants et on organise notre journée comme le ferait une machine.
Portrait de Miguel Benasayag – Crédit : Éditions Le Passager Clandestin
LR&LP : Alors, quelle est la différence entre un cerveau humain et une machine ?
Miguel Benasayag : D’abord, un organisme vivant est un organisme fini. C’est un organisme qui naît, se développe, meurt, qui est en relation ouverte avec son milieu et avec d’autres corps. Alors qu’une machine, c’est en principe un appareil infini. On peut toujours lui ajouter des modules, des applications, etc.
Un organisme vivant, par ce qu’il est fini, a des sensations, des angoisses, des désirs, des plaisirs, de l’intentionnalité. Historiquement, on assimile l’intentionnalité avec une intériorité. Alors que la machine n’a pas d’intentionnalité, ni d’intériorité. C’est la différence fondamentale.
L’autre différence, c’est que le vivant ne sert à rien. Le vivant n’est pas une…
Auteur: Laurie Debove

