Les frontières ne sont pas seulement des lignes tracées sur des cartes ni des infrastructures matérielles destinées à contrôler des passages. Elles constituent aussi des dispositifs de pouvoir qui distribuent inégalement la mobilité, la sécurité et la reconnaissance. Elles sélectionnent, filtrent et hiérarchisent les personnes autorisées à circuler, à séjourner et à être reconnues comme légitimes dans l’espace mondial. En ce sens, la frontière doit être comprise moins comme un simple fait territorial que comme une technologie politique de différenciation.
Cet article propose de nommer « frontiérisme » le régime de pratiques, de discours et de normes par lequel la frontière devient un principe général d’organisation inégalitaire du monde social. Le frontiérisme ne désigne donc pas uniquement le durcissement des contrôles migratoires. Il renvoie à une rationalité politique plus large : celle qui fait de la mobilité un privilège inégalement distribué, et de l’immobilisation de certaines populations une technique ordinaire de gouvernement. Il opère à travers des dispositifs matériels, administratifs, sécuritaires et symboliques qui transforment certaines vies en vies suspectes, conditionnelles ou expulsables.
L’hypothèse défendue ici est que le frontiérisme contemporain ne peut être adéquatement saisi sans être rapporté à la racialisation des mobilités. Autrement dit, les frontières ne se contentent pas d’ordonner des flux ; elles participent à la production d’une hiérarchie des corps et des appartenances. Elles assignent différemment les sujets à la circulation ou à l’arrêt, à la protection ou à l’exposition, à la présomption de légitimité ou à la présomption de menace. Le frontiérisme apparaît dès lors comme une forme spécifique de gouvernementalité raciale, inscrite dans les continuités du colonialisme, du nationalisme et du capitalisme global.
La démarche…
Auteur: romain romain

