Le Gaze à l’état fumeux. Sur « Bourgeois Gaze » de Rob Grams

Bourgeois Gaze, La domination de classe au cinéma par Rob Grams

« Laura Mulvey, critique américaine » : il est des erreurs qui ne prêtent pas à conséquence, d’autres, qui révèlent un problème plus profond. Quand on commet un livre intitulé Bourgeois Gaze, affirmant marcher dans les pas de la théoricienne britannique du male gaze pour l’appliquer aux rapports de classe, et qu’on la propulse manu militari aux États-Unis dès la page 15, il y a de quoi s’inquiéter[1]. Mais ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg.

Table rase

Rob Grams affirme ne pas avoir trouvé d’occurrence antérieure de l’expression « bourgeois gaze » suite à une requête dans son moteur de recherche[2]. Or, il est entendu que la recherche par mot-clef ne permet pas d’accéder à l’ample bibliographie qui existe en matière de « regard bourgeois ».

Pourtant, dans le sillon creusé par la contestation des années 1960, s’est développée entre la France et la Grande-Bretagne, toute une pratique marxiste de la critique et de la théorie du cinéma. « Plaisir visuel et cinéma narratif » (dont est issu le concept de male gaze) est ainsi publié dans la revue britannique Screen qui, à partir de 1971, s’est lancée dans une approche théorique du cinéma inspirée par le structuralisme, notamment althussérien. Mais parce qu’il méconnaît cette histoire des idées, l’auteur de Bourgeois Gaze affirme vouloir superposer son « bourgeois gaze » au male gaze comme pour l’enrichir.

Or, l’article de Mulvey – produit en réponse à la théoricienne Julia Lesage qui estimait que Screen était trop phallocentrique – était déjà une imbrication du male gaze à la conception du cinéma comme appareil produisant et reproduisant l’idéologie bourgeoise[3]. Peut-être faut-il, pour qu’une féministe soit prise au sérieux sur la lutte des classes, qu’elle écrive « bourgeois » toutes les…

La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: ugopalheta

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