Le genre de la dette

Introduction : Ce que la finance doit aux femmes

D’après vous, quels sont les personnages clés de la finance ? Peut-être pensez-vous à Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street (2013), qui interprète Jordan Belfort, courtier new-yorkais plus prédateur que génie : avide d’argent, assoiffé de pouvoir, sans scrupule, mais charismatique jusqu’à la chute[1]. Ou bien songez-vous au Casse du siècle, un film de Michael Radford sorti en 2007 et lui aussi inspiré de faits réels, dans lequel une poignée d’hommes parient sur l’effondrement du marché immobilier étatsunien et empochent une fortune. Leur flair et leurs calculs ont coûté leur maison à des millions de familles déjà endettées. Si vous délaissez la fiction, d’autres visages vous viennent sans doute en tête : Donald Trump, magnat de l’immobilier élu président des États-Unis à deux reprises ; Emmanuel Macron, banquier d’affaires devenu chef d’État ; Christine Lagarde, à la tête du Fonds monétaire international (FMI) puis de la Banque centrale européenne (BCE). Ces figures incarnent un pouvoir global, politique et économique, où la finance se confond avec les destinées du monde. Dans ces récits comme dans ces trajectoires, la finance est une affaire d’hommes et de quelques femmes d’exception. Les femmes ordinaires ? Épouses, potiches, jouets sexuels, elles sont invisibles dans les discours économiques et n’incarnent jamais la finance : elles la servent ou la subissent. Jamais actrices, toujours objets.

Si vous laissez de côté les représentations médiatiques pour ouvrir des ouvrages de sciences sociales, vous y trouverez le même argument : celui d’une emprise des hommes sur les hautes sphères de la finance[2] . Qu’il s’agisse de banquiers d’affaires, de gestionnaires de fonds spéculatifs, d’analystes financiers, de courtiers ou encore de dirigeants politiques passés par ces univers, tout désigne la finance…

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Auteur: romain romain