Au pire des moments, alors que la planète se réchauffe à une vitesse cataclysmique, le Giec traverse la plus grave crise de son histoire. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, institution scientifique phare qui guide les négociations climatiques et fournit dans ses rapports l’état du consensus scientifique sur le sujet, voit son travail être entravé comme jamais auparavant.
Le 16 octobre, sa 65e session plénière de travail a été suspendue par son président, Jim Skea, faute d’accord entre ses membres. La source des tensions : le calendrier de publication de son 7e cycle d’évaluation (AR7). L’idée initiale était de publier l’AR7 courant 2028, en amont de négociations cruciales qui doivent se tenir cette année-là.
La COP33, prévue fin 2028, doit en effet produire le deuxième « bilan mondial » des efforts climatiques réalisés depuis l’Accord de Paris. Discuter d’un tel bilan et négocier une hausse des efforts sans disposer de l’AR7, et donc des connaissances scientifiques les plus récentes, perdrait une grande partie de sa pertinence, et c’est ce qu’il risque de se produire.
Plus inquiétant encore : la session plénière du Giec n’a pas non plus réussi à se mettre d’accord sur le budget alloué aux chercheurs, ce qui est inédit. La prochaine réunion scientifique internationale, qui doit se tenir entre les auteurs du groupe 2 du Giec en janvier 2027, n’est, pour l’heure, pas financée. Les travaux de l’institution pourraient donc commencer à prendre un retard concret très rapidement.
Enjeux d’équité et lobbying fossile
Pour comprendre ce qui se passe, il faut d’abord rappeler que les sessions plénières du Giec ne sont pas des réunions entre les scientifiques en charge de produire les rapports, mais entre diplomates et représentants des États.
« Ce sont souvent les mêmes délégués des États qui sont au Giec et aux COP [les Conférences…
Auteur: Vincent Lucchese
