On ne peut que s’interroger du moment, du temps historique dans lequel on se trouve et dans lequel on voit aujourd’hui, que ce n’est plus le potier qui agit dans un geste de corps, dans un tour de main qui l’habite et qu’il extériorise comme « un soin » porté à une masse informe pour en réaliser un « corps creux », mais que c’est une technique, dans une technologie froide de calculs (imprimante trois D, mais avant cela déjà le moule) qui génère aujourd’hui les formes que prennent nos activtés de « production et reproduction » de nos existences en société.
Et dans ce déplacement dans la technologie, la perte du geste et du corps qui n’est plus dans un rapport chaud à l’objet, dans un soin de désir et jouissance à façonner, mais dans une fabrication, une construction « neutre » de la puissance des calculs et des mathématiques pour créer une forme programmée.
Là où le geste et l’implication du corps signifient et signalent dans ce travail un corps parlant, c’est maintenant, de manière renversée, un corps parlé (celui de la programmation) qui réalise une forme de l’absence de pensée. Il n’ y a plus que du nombre et des équations dans l’objet moderne. Là où le façonnement résultait d’un corps dans son geste, même avec des perspectives de formes en tête, c’était quand même la matière dans un traitement par le corps de désir d’un homme qui était transformée avec l’aléatoire de la conduite de ce geste du potier ; avec sa présence. S’il n’était pas présent en sa chair d’esprit conduisant ou se laissant conduire par la matière en transformation entre ses mains, s’il n’était pas présent en corps et esprit de cette matière inerte du départ pour la transformer par son tour de main, qui est un tour d’esprit, pouvant l’amener à conclure la forme en jouissance d’objet : un vase, une tasse, un bol, un récipient… il raterait son coup, n’arriverait à rien. Le corps du potier avec son esprit est dans la forme. Son corps en jouissance d’une matière en transformation par lui pour qu’elle devienne un objet de sa vie, de son confort, de son habitation au monde. Le produit industriel n’a plus cette « présence » en lui de l’amour d’un homme dans une pensée qui s’exerce en activité de façonner l’objet. Le produit de l’industrie, à part d’être un produit standard, équivalent à tant d’autres, anonyme de présence, ne reflète que l’intelligence d’un calcul dans une programmation.
Ce produit, n’a plus de « valeur métaphysique », et c’est pour ça qu’il est jetable, ordurier et n’a d’existence…
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Auteur: lundimatin
