Un journal sans publicité et sans actionnaire ? Engagé sur les luttes écologistes ? Non, nous ne parlons pas encore de notre pomme, mais de notre lointain aîné, La Gueule ouverte, qui paraissait dans les années 1970. « La GO », pour les intimes, c’est notre héritage commun, un pan de l’histoire, un cri libertaire et subversif qui nous rappelle d’où l’on vient, et de quelles batailles nous, les petits scribouillards du XXIᵉ siècle, sommes nés.
Voilà ce que nous offre généreusement le livre de l’historien Alexis Vrignon La Gueule ouverte et l’écologie contestataire (Le passager clandestin, septembre 2026) : une plongée inédite dans les entrailles du mouvement écologiste, mais aussi une rétrospective sur nous-mêmes. De quel bois sommes-nous faits ? Qui nous a précédé ? Quel flambeau devons-nous reprendre ?
Une radicalité réelle
« Ce n’est pas son souvenir qu’il faut embrasser, mais son actualité », assure le chercheur dans son livre. Effectivement, La GO parle en nous sans même que l’on s’en rende compte. Les débats qui l’animaient — sur les stratégies de lutte, sur la contestation antinucléaire, sur la non-violence ou sur le rôle du journalisme – sont les mêmes qui nous constituent aujourd’hui.
Et à lire ces pages, écrites à une toute autre époque, un vertige nous prend. Cinquante ans plus tard, où en sommes nous ? Quelles leçons avons-nous tirées ? Et surtout, et c’est peut-être plus terrible, au fond, de quoi sommes-nous les orphelins ? Quel souffle avons-nous, au fil des années, perdu ? Quelle liberté ? Quelle rage ?
Mais revenons aux faits. La Gueule ouverte a été créée juste après les années 1968, en 1972. Elle en est toute pétrie encore. Les braises de la révolution sont chaudes. Son premier tirage s’élève à 50 000 exemplaires. À l’origine du journal, il y a Pierre Fournier, un dessinateur passé par Hara-Kiri, puis Charlie Hebdo. Il…
Auteur: Gaspard d’Allens
