Alors que des propositions de trêve ont été formulées par Kyiv et ses alliés, le Kremlin refuse les négociations et continue de bombarder l’Ukraine. Pour Aude Merlin, chercheuse en science politique à l’Université libre de Bruxelles, « si Poutine recule, il n’existe plus politiquement ». En Russie, les voix dissidentes ont subi la répression ou l’exil et la propagande est intense. Au point que si la guerre se terminait, ni les récits ni les retours des cercueils ne pourraient, semble-t-il, provoquer une onde de choc dans la société russe, sans changement politique.
Les scénarios de paix seraient-ils plus déstabilisateurs pour le régime de Vladimir Poutine que la guerre ?
Aude Merlin : D’une certaine façon, dès 2014 avec l’annexion de la Crimée, Poutine s’est engagé dans une fuite en avant. S’il recule, il n’existe plus politiquement. La structure de l’économie est aussi différente, avec une « économie de la mort » comme la qualifie l’économiste russe, Vladislav Inozmetsev. 40 % du budget annuel est maintenant alloué à la guerre, ce qui avoisine les 8 % du PIB.
Peut-on dire qu’il y a un consentement à la guerre en Russie ?
Dans une société où la parole n’est pas libre, on ne saura jamais de quelle nature et en quels termes on peut mesurer le consentement. Depuis 2014, le récit officiel russe sur ce qui se passe en Ukraine, notamment dans le Donbass, parle d’une réaction à une « offensive nazie ». C’est le récit officiel, diffusé à longueur de journée sur les chaînes officielles en Russie. Elle est assortie d’une hypermobilisation de la rhétorique sur la victoire du 9 mai 1945 contre le nazisme (‘fascisme allemand’ dans les slogans soviétiques).
Cette guerre est pour beaucoup une déchirure, d’autant que beaucoup de familles sont mixtes, russo-ukrainiennes.
Il y a bien sûr des expériences de guerre et…
Auteur: Pauline Mussche

