Le nouveau président du Liban, Joseph Aoun, est souvent vu comme un homme providentiel qui saura reconstruire son pays, désarmer le Hezbollah et ouvrir une nouvelle page dans les relations avec les autres États de la région. Mais bien des questions se posent sur ce militaire aux positions floues et aux prérogatives limitées. Il devra composer avec une classe politique qui a déjà souvent apporté la preuve de son impéritie, et rendre des comptes à ses parrains occidentaux, lesquels ne semblent guère pressés de contraindre Israël à mettre fin aux opérations militaires qui, malgré le cessez-le-feu entre Tsahal et le Hezbollah signé en novembre dernier, continuent quotidiennement d’endeuiller le Liban.
Après une vacance institutionnelle de plus de deux ans et trois mois, le Liban a, depuis le 9 janvier 2025, un nouveau président de la République. Dans les pays occidentaux et la plupart des États du Moyen-Orient, les chancelleries et l’immense majorité des médias et des commentateurs tendent à voir dans l’élection du général Joseph Aoun, conformément aux préférences de Washington, Paris et bien d’autres capitales dont Riyad, un développement prometteur qui va permettre au Liban de renaître de ses cendres. Et cela dans un contexte où, se félicite-t-on, le Hezbollah a été défait militairement par Israël ; son allié syrien, le régime de Bachar Al-Assad, a été renversé ; et le régime iranien est plus isolé que jamais dans la région et menacé par des frappes, voire d’une guerre totale, par Israël et la future administration Trump.
Dans cette conjoncture inédite, un nouveau rapport de forces interne au Liban permettrait donc de sortir de l’impasse institutionnelle et présagerait du meilleur pour un pays enfin souverain, où le Hezbollah ne serait plus en mesure de décider de la guerre et de la paix et de menacer la sécurité d’Israël, suscitant des représailles destructrices sur le territoire…
Auteur: Elena Aoun, Professeure en Relations internationales, Université catholique de Louvain (UCLouvain)

