Yeux charbonneux et verbe haut, Sophie s’exprime d’une voix éraillée qui trahit ces métiers où l’on parle à longueur de journée. On la rencontre un soir de janvier dans un café de Paris, emmitouflée dans un épais pull noir dont elle remonte le col pour se protéger du froid.
Éducatrice de jeunes enfants, Sophie tutoie la cinquantaine. À peu de choses près, un tiers de sa vie a été traversé par l’affaire qui nous occupe : le combat qui l’oppose depuis seize ans à son ex-employeur, l’entreprise gestionnaire de crèches privées People & Baby – au cœur de plusieurs scandales ces dernières années – et au sujet duquel une audience de renvoi après cassation doit trancher ce mardi 3 février.
L’histoire remonte à 2010. Sophie travaille alors dans une crèche privée gérée par People & Baby, située rue Giono, dans le 13e arrondissement de Paris. Elle y occupe aussi une fonction de représentante syndicale de la CNT-Petite enfance. Le 2 mars, cinq employées sont mises à pied à titre conservatoire pour manquement aux règles d’hygiène et de sécurité. Quatre d’entre elles sont par la suite licenciées.
Mises à pied au lendemain d’une grève
Or, les travailleuses incriminées, syndiquées à la CNT, rejettent en bloc ces accusations et dénoncent des faits de répression syndicale : le 1er mars, soit la veille de leur mise à pied, elles étaient en grève.
Une interprétation confirmée par les prud’hommes en 2017, puis par la Cour de cassation en 2023 – après un revers en appel en 2021. En face, People & Baby campe sur ses positions, renvoyant une fois de plus l’affaire devant les tribunaux. L’enjeu pour l’entreprise : rejouer le match. Car sans saisi de la Cour d’appel de renvoi, c’est le jugement des prud’hommes qui serait retenu. Et si la Cour de cassation a bien reconnu la répression syndicale, elle a tout de même donné raison à l’entreprise sur un point : le licenciement pour abus de…
Auteur: Tiphaine Guéret

