« La première victime de la guerre c’est la vérité ». C’est très pédant de citer Eschyle -le tragédien grec vieux de cinq siècles avant Jésus-Christ- en commençant cet article dont l’objet est de parler de l’air du temps. Mais aucune plume n’a écrit mieux depuis. Et si j’évoque le son des canons, alors que vous l’ignorez peut-être, c’est que nous sommes en guerre. C’est ce que j’ai cru comprendre en écoutant Emmanuel Macron présenter ses vœux à l’Armée française. Dans les accents du président j’ai entendu une mélodie de la trompette de Déroulède, ce forcené du XIXe siècle, prêt à déclencher une bataille par jour et à envoyer tous les hommes mourir au front, sauf lui. Donc Macron veut, très vite, plus de chars, d’avions de canons de drones et autres ferrailles mortelles parce que, a-t-il répété, la guerre n’attends pas : elle marche déjà aux pas de nos portes. D’ailleurs le président anticipe, montre l’exemple en expédiant 15 chasseurs alpins tricolores occuper les défenses d’un Groenland, que Trump entend dévorer. Tremblez carcasses : j’espère que, dans un magasin de « surplus » vous avez déjà acheté des rangers et des treillis. Soyez prévoyants avant la rupture des stocks comme celle que nous avons connue avec les masques Covid. Outre celles, de glace au paradis des phoques, soyez donc prêts à connaître les tranchées d’Ukraine, d’Iran, de Russie et plus si gens très méchants.
Ce militarisme d’individus qui n’ont jamais entendu une détonation -hors celle d’une fusée d’artifice-, m’accable. M’accable car je crois être en France, avec l’âge, celui qui a vu le plus grand nombres de cadavres de guerre. Et ce n’est jamais aussi joli qu’une toile de David. Je veux dire des tas de corps mutilés, tronçonnés, écrasés tous à bout d’un sang forcément impur ; tout cela observé de 1967 à 2000 sur un arc qui va de Saïgon à l’Amérique…
Auteur: Jacques-Marie BOURGET

