Le manager n'aime pas les livres

Le directeur pressait le pas dans l’escalier. Il était impérieux d’imprimer à la réunion une tournure en vogue, qui donne le la à l’équipe. Les employés peinaient, dans la bibliothèque municipale, à s’ouvrir au monde fluide, liquide dirait-on, de la modernité. Dans sa bouche souveraine tournaient comme dans un manège les cavaliers abstraits du management. Tout un verbiage où l’esprit le plus exigeant se perd et, hésitant par modestie, finit par rendre souvent les armes. « Transversalité », « synergie ». Le directeur parlait fort et tenait la parole sans jamais en lâcher un morceau aux autres.

Sourd à ce qui jetait le jour sur la vaste vacuité de ses phrases, il enrobait son auditoire dans un apparent consensus, son opinion valant pour tous et tous devant l’anticiper et l’endosser ainsi que la livrée que portent ces serveurs de la restauration rapide ou des grands magasins. Il fallait outrer ces hères enlisés dans l’ornière d’un passé révolu, et les atteler au progrès. D’ailleurs, n’avait-il pas confié à son adjoint qu’un être qui vouerait sa journée aux ris de la lecture, le rendrait triste ? Faire halte tranchait déjà trop sur la marche à suivre, elle sans répit. Toute pensée ne pouvant pousser sur cette aire de vélocité aride, ingrate, ne demeurait alors qu’une agitation étourdie.

L’équipe, elle, avait depuis longtemps éprouvé les lois matérielles et humaines qu’instruisit l’autogestion à quoi une pénurie de personnel l’avait acculée. Ce n’allait pas sans évoquer ces guérets quittés après la Révolution française par les ci-devants et où s’épanouissait à l’écart des tutelles une « République au village ». Les maîtres partent, les serviteurs demeurent seuls à bord, reprenant la barre. Sur le petit théâtre décrit jusque-là de la gente livresque, sans direction les rivalités prébendières sévirent, les ambitions se harpèrent. Mais l’équipe mue par une foi dans le service public, confinant…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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