L’historien Alain Ruscio présente l’histoire politique et culturelle du Maroc au temps de la colonisation française, objet de son dernier livre. La mémoire collective minimise souvent la violence subie par la société marocaine pendant ce demi-siècle de « protectorat ».
« La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix » : telle est la légende d’un dessin paru en 1911 en première page du Petit Parisien (Supplément illustré), où l’on voit une femme coiffée du bonnet phrygien, allégorie de la nation, tenant une corne d’abondance dont s’écoule un flot de pièces d’or sur des indigènes prosternés à ses pieds. Cette image typique de l’arrogance et de la bonne conscience colonisatrices figure en couverture de l’ouvrage récemment publié par l’historien Alain Ruscio, invité de ce 62e épisode de La grande H.
« Le Maroc, faux protectorat, vraie colonie : fragments d’histoire, 1904-1956 » : tel est le titre de ce livre riche en aperçus saisissants, plein de vie, en prise directe avec les sources textuelles et iconographiques. Alain Ruscio, éminent spécialiste, y propose une histoire culturelle de la domination française sur une territoire dont le statut de protectorat ne préservait en rien les populations de l’oppression coloniale, lot des « indigènes » au Maroc aussi bien qu’en Algérie et ailleurs en Afrique ou en Asie. On continue pourtant aujourd’hui à minimiser la violence subie par la société marocaine pendant ce demi-siècle de « protectorat ».
Dans cette conversation avec Julien Théry, Alain Ruscio revient sur certains des 26 chapitres thématiques de l’ouvrage, de la conférence d’Algésiras de 1906 (où les prédateurs européens attribuèrent à la France le « protectorat » sur le Maroc) à la lutte pour l’indépendance (finalement arrachée en 1956 à un gouvernement français trop occupé par l’insurrection algérienne pour être en mesure d’ouvrir un autre front au Maghreb), en…
Auteur: Le Média

