On le sait depuis le succès de ses Lettres de Russie en 1839, Custine est la lecture obligée de tout bon observateur du pouvoir russe et de sa diplomatie. Légitimiste parti étudier les vertus du régime absolutiste de Nicolas Ier, le marquis de Custine en revient convaincu par la supériorité de la monarchie limitée de Louis-Philippe. S’il a un style admirable, que l’on a comparé à Tocqueville, Custine n’en a pas la profondeur. Bien des parties de son ouvrage, dont on ne lit aujourd’hui que des extraits, ont vieilli.
Mais pour reprendre le mot fameux de George Kennan, « si ce n’est pas un très bon livre sur la Russie en 1839, c’est à coup sûr un livre excellent, sans doute le meilleur de tous, sur la Russie de Staline et un livre encore pas mauvais du tout sur celle de Brejnev et de Kossyguine ». Alors que dire de la Russie de Poutine ! Force est en effet de constater l’aspect souvent troublant des digressions de Custine. Le despotisme russe du premier XIXe siècle, avec le règne d’un tsar qui a commencé par la répression sévère d’une insurrection libérale, celle des décabristes en 1825, ressemble étrangement au pouvoir russe actuel.
Des parallèles frappants avec l’actualité presque deux cents ans plus tard
Bibliothèque Gallica
Fouillé par des douaniers soupçonneux, surveillé dans toutes ses visites, Custine étouffe dans cette « oppression déguisée en amour de l’ordre ». L’aubergiste de Lübeck l’avait prévenu contre un pays « que l’on quitte avec tant de joie et où l’on retourne avec tant de regret ». Bien sûr, Custine est injuste : il n’aime pas le paysage russe, trouve fade l’architecture néo-classique, et, catholique convaincu, réserve des flèches acérées à l’Église orthodoxe. Mais il diagnostique avec précision le principe…
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Auteur: Guillaume Lagane, Maître de conférences, Sciences Po

