Le marxisme opère-t-il encore face aux Gafam ?



Marx contre les Gafam. Le travail aliéné à l’heure du numérique, Stéphanie Roza, PUF, 285 pages, 19 euros.

Nous ne le savons que trop : depuis près d’un demi-siècle, la gauche peine à rassembler, recule dans les urnes et dans l’opinion, perd du terrain. Nombre d’analyses de cette évolution l’expliquent par la défaite du camp progressiste dans la bataille culturelle, suivant la théorie gramciste de la stratégie politique. Antonio Gramsci, fondateur du PC italien et mort en 1937 dans les geôles fascistes, estimait en effet que remporter la bataille culturelle au sein de l’opinion est le préalable indispensable à toute victoire politique et électorale.


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Pourtant, si la gauche n’est plus dans la position de domination intellectuelle qu’elle pouvait revendiquer dans les années 1980, cela ne saurait être la seule explication à sa perte de terrain. C’est que le capitalisme, après avoir su évoluer en acceptant les critiques du mouvement social sur les conditions de travail et les droits collectifs, a dû aussi intégrer les demandes de plus d’autonomie et d’épanouissement individuel de la part des salariés dans les rapports de travail.

Si cette évolution peut bien sûr être comprise comme une forme d’émancipation pour chaque travailleur, on peut aussi la lire comme une forme d’individualisation toujours accrue, au détriment d’une conscience collective des travailleurs censée leur permettre de maintenir un rapport de force avec le patronat.

Cette individualisation, pour ne pas dire atomisation, est sans aucun doute une des causes majeures du…

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Auteur: Olivier Doubre

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