Comment expliquer la grave crise que vit la gauche en Bolivie, et plus particulièrement le Mouvement vers le socialisme (MAS) qui vit une guerre fratricide depuis des mois et vient de subir une cinglante défaite lors du premier tour des élections présidentielles ? De quelle manière la force politique, longtemps incarnée par Evo Morales, et qui a gouverné le pays 19 ans depuis 2005, en est-elle arrivée à cet effondrement mais aussi à cette rupture avec une grande partie des classes populaires ? Pablo Stefanoni et Diego Velásquez décryptent ici pour Contretemps les ressorts du retour fracassant de la droite au pouvoir dans le pays andin.
***
Le verdict rendu par les résultats des élections présidentielles en Bolivie le 17 août dernier a rappelé au Mouvement vers le socialisme (MAS) et à ses dirigeants ce que le poète espagnol José Ángel Valente avait prédit dans ses vers : « Le pire, est de croire que l’on a raison parce qu’on l’a eue ».
Le parti qui dominait la politique bolivienne depuis 2005 et qui fut l’âme et le moteur de la « révolution démocratique et culturelle » – avec des scores historiques de 64 % aux élections de 2009, 61 % en 2014 et 55 % en 2020 – non seulement a été écarté du second tour des élections, mais a pratiquement disparu de la vie parlementaire, se retrouvant ainsi exclu de la politique institutionnelle. Le 19 octobre, le pays se prononcera lors d’un second tour entre un candidat de « centre-droit populaire » – ou aspirant à l’être -, Rodrigo Paz Pereira (avec 32 % des suffrages valides), et un autre de la droite néolibérale radicale, l’ancien président Jorge « Tuto » Quiroga (26,7 %). Une scène encore inimaginable il y a peu, alors que l’absence du MAS au second tour paraissait impossible.
Malgré la surprise des résultats, la carte électorale a conservé son clivage historique entre l’Est et l’Ouest. Dans l’ouest andin, Paz l’a emporté, tandis…
Auteur: redaction

