L’agricultrice entrouvre sa porte. Le regard porté au-delà de sa cour de ferme, elle pointe d’un doigt rageur un champ au sud de Niort : « Il devait y avoir une réserve, juste là : on a payé la peau du cul pour rien ! » s’époumone-t-elle. Là, aurait dû être construite une mégabassine, mais le projet a été abandonné. « Je suis bientôt à la retraite, mon mari l’est déjà : on veut plus en entendre parler de la Coopérative de l’eau ! »
Elle témoigne anonymement, comme la plupart des irrigants et irrigantes interrogées : dans le Poitou céréalier, entre famille et voisinage, tout le monde sait qui arrose, tout le monde peut deviner qui a parlé. Elle claque la porte sur nos questions, comme elle a claqué la porte au projet des mégabassines. Et elle est loin d’être la seule à ne plus y croire.
Créée pour construire et faire fonctionner les mégabassines du Poitou, la Coopérative de l’eau des Deux-Sèvres (Coop de l’eau 79) s’enfonce depuis un an dans une crise. D’après les documents consultés par Reporterre, la structure qui gère les mégabassines est frappée par des décisions de justice très contraignantes, victime de l’augmentation de ses coûts de fonctionnement, et voit se multiplier les départs d’agriculteurs épuisés économiquement par l’effort financier. Parmi les dix agriculteurs adhérents rencontrés par Reporterre, cinq évoquent sans détour un risque de « faillite ». Tous décrivent des difficultés économiques systémiques.
À la lecture des derniers comptes de la Coop de l’eau 79, que Reporterre a pu consulter, l’augmentation des charges explose : de 2,6 millions d’euros en 2022, les coûts de fonctionnement ont flambé à 5,6 puis 6,6 millions d’euros en 2023 et 2024 (soit 2,5 fois plus en 2 ans). La mise en chantier de trois mégabassines constitue le gros de ces montants mais ne suffit pas à tout expliquer, comme les responsables de la…
Auteur: Sylvain Lapoix

