Le mois de muscardin, quand l'écologie devient politique

On le surnomme le « rat d’or » mais son pelage est plutôt brun orangé. Le muscardin, tout petit rongeur — un corps de 6 à 9 cm et une queue de la même longueur — s’agite au printemps dans les bois de France et d’Europe. En mai, il sort tout juste de sa longue hibernation et commence à être observable, à condition d’être attentif et opiniâtre, car ce mammifère est essentiellement nocturne.

Il est aussi l’un des emblèmes de la lutte pour la protection de la forêt de Bord (Eure) menacée par le projet de contournement autoroutier de Rouen (Seine-Maritime). Cela valait bien que l’on baptise en son nom le nouveau mois qui débute et qui remplace le mois de mai dans notre calendrier révolutionnaire écologique.

Le mois de muscardin est le mois du collectif, de la prise de conscience écologique globale. En un mot : le mois de l’entrée en politique de l’écologie. Cette symbolique s’incarne par la multitude d’intellectuels de l’écologie qui ont vu le jour en muscardin.

Danger permanent « d’autodestruction collective »

Hans Jonas, né un 10 muscardin (en 1903), est l’un des plus illustres philosophes de l’écologie. Il fait partie de ceux qui actent un renversement ontologique majeur : la nature n’est plus un cadre immuable à partir duquel penser l’humain ; c’est l’humain qui peut au contraire détruire la nature, et lui-même par la même occasion. Au XXᵉ siècle, et notamment après la Seconde Guerre mondiale, le progrès technologique rend plausible la catastrophe globale, à commencer par la menace d’apocalypse nucléaire.

Dans son œuvre principale, Le Principe responsabilité (1979), le philosophe allemand s’oppose à l’utopie du progrès sans fin et au mythe démiurgique de la modernité d’humains toujours plus émancipés par la technique. En réaction au Principe espérance (1954-1959) d’Ernst Bloch, Hans Jonas souligne qu’il est plus urgent de penser à éviter le pire…

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Auteur: Vincent Lucchese