Le juriste nazi Carl Schmitt a théorisé l’état d’exception comme une dimension constitutive de l’ordre juridique moderne. Aujourd’hui, Donald Trump semble s’affranchir de nombreuses normes du droit international. La gestion de crise devient permanente. Au nom de la défense de la souveraineté américaine, il s’arroge le droit d’enlever le président vénézuélien, de bombarder l’Iran ou d’imposer des taxes douanières.
Cette apparente exception est un leurre : elle masque les logiques profondes du maintien d’une hégémonie impériale et de l’accumulation capitaliste états-unienne. Le déficit abyssal des États-Unis, désormais proche de 39 000 milliards de dollars, soutient ainsi un dispositif global où la domination du dollar et le monopole de la violence garantissent la capacité de la finance à capter de la valeur à l’échelle mondiale.
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Il ne s’agit pas seulement d’une dérive autoritaire incarnée par une personnalité politique, mais d’un moment schmittien (1) qui révèle une transformation plus profonde de l’ordre international. La suspension permanente des normes n’est pas une anomalie : elle devient un mode de gouvernement. La guerre, ou sa menace, structure désormais l’économie politique globale. Le génocide à Gaza en est l’expression la plus extrême, assumée au point de ne susciter aucune indignation à la hauteur des massacres commis.
Ce basculement doit être compris à l’articulation du militaire et du monétaire. La puissance américaine repose sur un triptyque : la suprématie militaire, le rôle central du dollar et la profondeur de ses marchés financiers. L’état d’exception permanent permet de sécuriser ces trois piliers. Les sanctions…
Auteur: Jérôme Gleizes

