Le mythe de la capacité

C’est avec stupeur que nous avons appris la disparition de Charlotte Puiseux, qui fut contributrice du Collectif Les mots sont importants avant de publier plusieurs ouvrages indispensables dont nous avions repris de larges extraits. Nous sommes loin d’être les seuls à avoir été sensibilisés, conscientisés et politisés par ses écrits implacables sur l’oppression validiste. En hommage à une importante éclaireuse, dans tous les sens du terme, nous re-publions aujourd’hui des extraits de son livre De chair et de fer, qui est une autobiographie pour ainsi dire totale. En 160 pages à la première personne, c’est à la fois un récit de vie, une socio-analyse, une autobiographie intellectuelle et politique qui nous est proposée. De page en page, on découvre dans toute leur étendue la violence du handicap en même temps que la puissance de la combattante, mais on comprend surtout que ni cette violence ni la capacité de résistance qui lui fait face n’ont rien d’un simple donné naturel. « Dès l’instant où je suis née, nous dit Charlotte Puiseux, j’ai porté sur moi les marques évidentes du handicap. Ma relégation aux marges de la société s’est alors installée irrémédiablement et il semblait naturel que mon existence se déroule en bas de la hiérarchie des vies humaines. Mais ce destin tragique n’a rien de naturel : il est écrit par une société qui érige des normes à coups de mesures légales et d’examens médicaux et exclut certains corps, certaines vies. ». C’est sur ces normes que le livre de Charlotte vient d’un même mouvement nous interroger et nous instruire, et sur leur caractère arbitraire et changeant – en un mot : leur historicité. Sous la paresseuse « évidence » du destin biologique, c’est tout un système idéologique qui se fait jour, que l’autrice nomme par son nom : le validisme. Au-delà de l’effet – au demeurant saisissant, et en lui-même admirable – de révélation,…

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Auteur: Charlotte Puiseux