Comment la 7e puissance mondiale s’est-elle retrouvée incapable de déployer un plan de rénovation des bâtiments qui résiste aux turbulences ? L’arrêt de MaPrimeRenov est le révélateur d’un double échec politique.
Il souligne d’abord l’incapacité de la France à voir loin et soutenir, dans la durée, un programme crucial pour le climat qui commençait enfin à porter ses fruits. Il jette ensuite une lumière crue sur son incapacité à prévenir le risque de fraude.
Les usurpations d’identité et demandes fictives sont devenues de plus en plus massives à mesure que la manne grossissait. En 2024, un dossier sur dix était frauduleux, selon l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui n’a pas les moyens de faire face.
Ce risque d’arnaque était pourtant identifié dès la conception du dispositif. Mais il n’a pas pu être endigué malgré 14 réformes mises en œuvre entre 2020 et 2025.
« On a misé sur l’autocontrôle par les entreprises elles-mêmes et on a externalisé beaucoup de missions, alors que la capacité de contrôle des services de l’État, l’ingénierie publique, ont été largement mises à mal ces dernières années », explique à Reporterre Laurent Janvier, secrétaire fédéral du syndicat FO de la fédération de l’équipement, de l’environnement, des transports et des services.
Par ailleurs, avec l’obligation faite aux particuliers de prendre un accompagnateur, depuis 2023, une kyrielle d’acteurs privés ont fait leur entrée sur le secteur, en renfort des associations qui faisaient ce travail. Cela a entraîné de nombreuses dérives : démarchage abusif, surfacturation des services rendus, promesses de gains irréalistes, pressions à la signature ou absence d’accompagnement effectif.
Ce fiasco révèle les effets d’une idéologie qui charpente l’action publique depuis le début des années 2000. Cela fait vingt ans que l’État n’a qu’une seule obsession :…
Auteur: Erwan Manac’h

