Les États auraient perdu leur pouvoir au profit des firmes multinationales. Omniprésente au début des années 2000, lorsque la version anglaise de ce texte de Leo Panitch paraît[1], cette affirmation persiste encore aujourd’hui à gauche. Mobilisant la pensée de Nicos Poulantzas, Panitch montre que les États jouent un rôle central dans la mise en place de la mondialisation, mais il met surtout en évidence l’implication primordiale de l’État américain dans cette restructuration radicale du capitalisme mondial. La capacité extraordinaire de Washington à mobiliser ses alliés, notamment en Europe de l’Ouest, se fonde en effet sur la pénétration des États européens par le capital américain.
La conclusion pratique de Panitch est double et toujours d’actualité : d’une part, l’idée social-démocrate consistant à brandir l’État comme rempart contre les marchés fait l’impasse sur la présence de la classe capitaliste au sein même de l’État ; d’autre part, les classes capitalistes européennes se fondent sur des liens organiques avec le capital américain, ce qui conduit les pays du Vieux Continent à suivre volontairement l’impérialisme américain, sans même y être contraints par une force extérieure.
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Libérer les marchés des États : voilà la manière dont l’idéologie néolibérale a claironné la cause de cet alliage de spéculation financière sans entraves, de concurrence à l’exportation et accumulation du capital connu sous le nom de « mondialisation ». Il n’est pas jusqu’à des analystes critiques qui n’aient repris ce thème à leur compte. Comme l’écrit Eric Hobsbawm dans L’Age des Extrêmes, « [p]our les multinationales géantes, le monde le plus commode est un monde d’États nabots ou sans États »[2]. Et pourtant les États, et tout particulièrement le plus puissant d’entre eux au monde, ont joué un rôle actif et souvent crucial dans l’avènement de la…
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