Quelles différences entre le nucléaire réel et le nucléaire imaginé ? Comment l’image de « l’écologie nucléaire » s’est-elle forgée ? À travers des archives et des entretiens, Ange Pottin détricote, dans Le Nucléaire imaginé. Le rêve du capitalisme sans la Terre (éd. La Découverte), les représentations abstraites tissées par l’industrie du nucléaire et l’État français depuis les années 1950. Une remise en contexte nécessaire afin de ne pas occulter les questions d’occupation des terres, d’accaparement des ressources, de santé des salariés, de colonialisme et de néocolonialisme qui sont intrinsèquement liés à l’industrie nucléaire. Une pensée loin d’être manichéenne et hors sol, qui vise à comprendre les mécanismes du capitalisme industriel qui entretiennent l’illusion d’une transition énergétique à portée d’atome.
Le Nucléaire imaginé. Le rêve du capitalisme sans la Terre, Ange Pottin, éditions La Découverte, 2024
La « relance » du nucléaire en France de ces dernières années s’inscrit-elle dans la vision « déterrestrée » que vous décrivez dans le livre ?
Ange Pottin : La vision « déterrestrée » du nucléaire est une tendance qu’on trouve d’abord chez une partie des ingénieurs et des élites économiques engagés dans le développement de cette industrie à partir des années 1950. Elle consiste à se représenter le nucléaire de manière très abstraite, comme des sources d’énergie décorrélées de tout ancrage terrestre, comme une forme de miracle énergétique maîtrisé par l’homme à l’échelle de l’infiniment petit. Cette représentation est partielle car le nucléaire repose en effet sur la fission de l’atome d’uranium, mais pour ce faire,…
Auteur: Vanina Delmas
