Le numérique reste un secteur encore imprégné de puissantes normes de virilité. Bien loin d’être des entreprises « castrées » et en manque d’« énergie masculine », elles doivent encore relever d’importants défis. Si le secteur doit évoluer, ne serait-ce pas pour offrir un environnement de travail équitable et sécurisant, où les femmes se sentent respectées, valorisées et en confiance ?
Entre les déclarations virilistes de Mark Zuckerberg et les dérives masculinistes d’Elon Musk, l’actualité suscite de nombreuses inquiétudes quant à l’inclusion des femmes dans le secteur du numérique. Mark Zuckerberg déclare ainsi récemment :
« Les choses sont allées trop loin de dire que la masculinité c’est toxique et qu’il faut s’en écarter. La culture d’entreprise s’est tournée vers une forme d’émasculation, et je m’en suis rendu compte quand j’ai fait des arts martiaux. Une culture qui célèbre un peu plus l’agression a ses mérites. Il faut plus d’énergie masculine. »
La littérature académique nous permet d’apprécier la pertinence de ces propos à l’échelle de la France.
Un secteur loin d’être « émasculé »
Une chose est certaine, c’est un secteur en France dans lequel les femmes sont très peu présentes : 29 % des effectifs sont des femmes et seulement 16 % dans les métiers techniques. Elles sont aussi moins valorisées : 70 % des hommes du secteur numérique sont cadres, contre seulement 62 % des femmes. Pourtant elles sont 70 % à être diplômées de l’enseignement supérieur long, contre 62 % des hommes. Une ironique inversion des chiffres, révélatrice d’inégalités persistantes.
Cette situation s’explique en partie par une orientation moindre des jeunes filles vers les filières scientifiques et techniques, influencée par des stéréotypes de…
Auteur: Mathilde Aubry, Enseignant-chercheur en économie, EM Normandie

