« Le Pen ne fait plus peur » : la faute à qui ?

Au premier tour de l’élection présidentielle, l’extrême droite culmine à 32,6% des suffrages exprimés. « Marine Le Pen est-elle d’extrême droite ? » se demandent en chœur les éditorialistes. Le seul fait que cette question soit à l’agenda témoigne de l’ampleur de la normalisation du RN dans les grands médias, de l’état du journalisme politique, de sa pratique et de sa dépolitisation ordinaire…

Dans ce « débat », peu nombreux sont les universitaires spécialisés à intervenir, cantonnés à quelques interviews dans la presse écrite et surtout, aux médias indépendants. À défaut, les traditionnels professionnels du commentaire – incluant éditorialistes, journalistes politiques, philosophes médiatiques, sondologues et autres fast thinkers – s’époumonent… pour le pire. Après avoir épluché moult émissions et éditos, nous pouvons dégager quatre tendances dans cette « communauté » : les VRP de l’extrême droite, les « communicants dédiabolisateurs », les « re-découvreurs » de Marine Le Pen et, enfin, les « décomplexés du racisme ». Explications et prototypes.

1. Les VRP de l’extrême droite

Chez eux sur CNews, quadrillant certains plateaux des deux autres chaînes d’info privées, et occupant une place bien plus importante sur les grilles télé et radio qu’il y a cinq ans, ces journalistes relaient activement la propagande et les éléments de langage de l’extrême droite et ce faisant, les installent solidement dans le débat public. Nul besoin de trop s’y attarder.

Pour Élisabeth Lévy (Causeur), par exemple, Marine Le Pen « n’a pas les caractéristiques qu’on connaît à l’extrême droite », qui d’ailleurs, « n’est pas une étiquette faite pour nous aider à comprendre ou pour éclaircir le débat. C’est une étiquette qui est évidemment faite pour faire peur aux électeurs et pour disqualifier » (CNews, 13/04). Un plaidoyer copiant à la virgule près celui de Mathieu Bock-Côté, distillé H24 sur les plateaux de CNews, mais également sur France 2 (2/04), seulement une semaine avant le premier tour : il dénonçait alors une « catégorie politique fossilisée, qui sert à transformer les gens en infréquentables ». Tellement infréquentables qu’une grande partie de la presse, des télés et des radios ouvrent quotidiennement fenêtres et micros à leurs promoteurs. « Moi je me méfie des catégories qu’on accole aux gens et qu’ils ne revendiquent jamais » osait enfin ajouter celui qui contribua, en première ligne, aux…

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Auteur: Pauline Perrenot Acrimed

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